La France a-t-elle un problème avec la musique électronique ?

Evénements annulés, médiatisation catastrophique, manque de respect de la part des autorités… Y a-t-il un problème français avec la musique électronique ?

Nous sommes le samedi 13 décembre 2014 devant le Parc des Expositions de Montpellier. La I Love Techno doit commencer dans quelques minutes et c’est plus de 35 000 festivaliers qui meurent d’impatience et qui ont hâte de voir leurs idoles. Parmi elles, Paul Kalkbrenner, Savant, Len Faki ou encore Laurent Garnier doivent jouer ! Mais ils vont vite déchanter. 1 heure avant l’évènement, les agents de sécurité annoncent que l’event est purement et simplement annulé. Les festivaliers sont à la fois déçus, dubitatifs et en colère. Comment est-ce possible d’annuler un évènement de cette façon ? L’organisation avait été avertie plusieurs fois que les conditions de sécurité n’étaient pas optimales. Le maire, Jean-Pierre Rico, n’a pas voulu prendre de risque.

Ce triste événement symbolise la difficulté que représente l’organisation d’events en France. Elle concerne tous les courants culturels, de la trance au théâtre en passant par le jazz mais la musique électronique est particulièrement touchée. Ce n’est en effet pas la première fois qu’un festival est annulé. La Hardkoncept en 2012 avait également été annulée quelques jours avant l’événement à cause d’une fermeture administrative des lieux plus que douteuse. Le festival « Trance » français mythique, Hadra, vient d’être annulé et n’aura donc pas lieu cet été. Ça commence à faire beaucoup.

61,6% des organisateurs électroniques ont rencontré des difficultés lors de la préparation ou la réalisation de leurs événements. Il convient donc de se poser pour essayer de comprendre quelles sont les raisons de cet état de fait. Les autorités sont-elles allergiques à la musique électronique ? Les organisateurs font-ils ce qu’il faut pour que tout se déroule au mieux ? L’attitude des festivaliers est-elle adaptée ? Finalement, la France est-elle en retard par rapport à ses voisins européens dans l’organisation d’événements de musique électronique ?

A qui la faute ?

C’est autant de questions auxquelles une étude récente réalisée par Techno Parade essaie d’apporter des éléments de réponse.

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L’association Technopol – Techno Parade a été fondée en 1996. Elle se présente comme le réseau national de défense et de promotion des acteurs de musiques, arts et cultures électroniques. Elle a pour objectifs d’aider à valoriser et promouvoir les cultures et musiques électroniques, et à l’accompagnement, la mise en réseau et la professionnalisation de ses acteurs.

Afin de faire un point sur l’état de la musique électronique en France, l’association a décidé de réaliser une enquête de grande ampleur auprès de 240 organisateurs français, à la fois professionnels et amateurs et dans le souci de couvrir l’ensemble des musiques électroniques. Elle envisage de répéter l’opération l’année prochaine afin de voir s’il y a eu des évolutions qu’on espère positives.

Toutefois, cette enquête présente certaines limites:

• L’étude repose sur des données de 2012 et peut donc être dépassée sur certains points.
• Bien que le panel se veuille représentatif, on peut néanmoins difficilement l’être à 100% au vu de la diversité des acteurs et des styles.
• Afin de simplifier la lecture, l’enquête a fait des catégories de styles plus ou moins pertinentes. On peut par exemple s’étonner que le le Hardcore et le Frenchcore soient mélangés à la Hardtek alors que ce sont deux types de public totalement différents et que ces courants musicaux sont face à des problématiques tout à fait différentes. Le Hardstyle ne semble pas être considéré comme un style de musique, ce qui est regrettable. On peut également noter l’association de la Trance et de la Goa alors que ce sont 2 univers totalement différents.
• Enfin, l’association Techno Parade organisant des évènements et ayant un pouvoir de lobbying important, on peut douter de leur objectivité.

Est-ce de la faute des autorités ?

Une des premières raisons évoquées pouvant expliquer les difficultés des organisateurs serait la « discrimination musicale » de la part des autorités. 33,5% des organisations interrogées considèrent effectivement être discriminées du fait qu’elles proposent des musiques électroniques. Cette discrimination se matérialise par des refus d’autorisations municipales (29,9%), des refus de location de salle (29%) ou d’ouverture tardive (23%), la pression des autorités sur les propriétaires du lieu (20.5%) ou encore des plaintes d’associations de voisinage (18%).

Ce manque de considération des autorités publiques, les lois trop contraignantes ou encore la méfiance des autorités pourraient ainsi expliquer les difficultés rencontrées. Ceci pourrait également expliquer le refus de certaines associations à travailler dans la légalité pour organiser leurs évènements et donc leur choix d’organiser uniquement des rave parties.

Il est également intéressant de constater que ce problème concerne aussi bien les professionnels que les amateurs.

Cependant, 17,6% des organisateurs interrogés affirment avoir bénéficié de subventions, ce qui semble beaucoup pour une musique « discriminée ».

La sécurité contient les festivaliers en colère suite à l'annulation de la I Love Techno à Montpellier en décembre dernier. Aucun incident majeur n'a été déploré.

La sécurité contient les festivaliers en colère suite à l’annulation de la I Love Techno à Montpellier en décembre dernier. Aucun incident majeur n’a été déploré.

Est-ce de la faute des organisateurs ?

74% des organisations interrogées sont des amateurs, des associations loi 1901 dans la majorité des cas. Ainsi, la plupart des évènements sont organisés par des bénévoles qui réinjectent les bénéfices directement dans l’association. C’est au total 86% des organisations qui n’ont pas de but lucratif. Ainsi, seulement 23% des participants à l’enquête ont indiqué avoir salarié des personnes en 2012.

On peut donc reprocher l’amateurisme des organisateurs. Ainsi, beaucoup d’entre eux ne sont pas dans les règles. 51% des organisateurs avouent en effet ne pas toujours salarier les artistes qu’ils font venir alors que c’est interdit par la loi. 24.2% règlent des factures d’auto-entrepreneurs à certains artistes qu’ils programment alors que ce statut ne peut être choisi par un artiste. Des organisations ignorent également certaines formalités administratives vivement recommandés. 38% n’ont pas fait de démarches auprès de la Sacem à propos des droits d’auteur. 28% ignorent également l’existence de la Licence d’entrepreneur du spectacle vivant, qui permet pourtant aux organisateurs d’évènements d’être plus crédibles. Au final, seul 7% du panel connait et applique parfaitement la règlementation.

Les évènements ont aussi souvent lieu dans des endroits inadaptés, ce qui peut provoquer des files d’attente longue, des transports inadéquats, des lieux mal aérés… Ce sont ainsi 45% des amateurs qui organisent leurs évènements dans des endroits hors ERP (Etablissement Recevant du Public). Ceci peut expliquer en grande partie les problèmes d’organisation dans des endroits pas habitués à accueillir des visiteurs et les problèmes liés à la sécurité.

Face à ces problèmes, certaines organisations font montre de défiance envers les autorités. Ainsi, 40% du panel a déjà organisé des free parties. Dans la moitié des cas, c’est par choix de revendiquer le droit à la fête libre. Mais 14.2% sortent du cadre légal car ils ont trop de difficultés à organiser des évènements dans la légalité.

La plupart des organisateurs et notamment les amateurs sont conscients de leur manque de structuration et d’information. Il y a donc une volonté de professionnalisation de la part de 35% des amateurs interrogés, ce qui est encourageant.

Est-ce de la faute du public ?

Le public peut également être à l’origine de certains dysfonctionnements. Outre les débordements (bagarres, alcoolisme…) propres à la bêtise humaine, certains comportements peuvent causer des problèmes. Ainsi, certaines personnes agissent dans le cadre légal comme en free party, ce qui peut poser des problèmes en termes d’organisation. Le fait d’être contraint à des règles est compliqué pour certaines personnes, ce qui incite certaines organisations à sortir du cadre légal.

Des teuffeurs revendiquent le droit à la "fête libre" dans la Marne début février 2015.

Des teuffeurs revendiquent le droit à la « fête libre » dans la Marne début février 2015.

Si aucun chiffre ne peut le prouver, beaucoup de styles de musique électronique ont un public suffisant en France pour pouvoir remplir des salles. De plus, plus de la moitié des évènements organisés ont un prix d’entrée inférieur à 5€ et moins de 1% des évènements coutent + de 40€. Ainsi, la plupart des évènements sont accessibles même pour un public composé à 58% de moins de 25 ans.

Certains styles de musique comme la Trance peinent cependant à attirer le public, ce qui est plus une question culturelle qu’organisationnelle.

Quels dangers ?

Le danger principal serait que la défiance envers les autorités prenne le pas sur la recherche de solutions. Sortir du cadre légal n’est pas la solution. Il faut arriver à travailler conjointement avec les pouvoirs publics afin de crédibiliser notre musique.

L’autre risque pourrait être la tentation d’organiser des évènements dans des pays plus fertiles en termes de musique électronique comme la Belgique ou les Pays Bas. 13.5% des organisations organisent déjà des events à l’étranger.

Plus de 50% des organisateurs ayant des activités autres (bookings, labels, transport…), le risque serait de mettre l’organisation d’évènements de côté.

40% des organisateurs proposent des évènements basés sur des musiques non électroniques. Il serait dommageable qu’ils laissent également la musique électronique de côté.

Quelles solutions ?

La structuration des organisations semble être la priorité. Mais les pouvoirs publics auraient également intérêt à simplifier les lois et les démarches afin de limiter les contraintes qui pèsent sur les organisateurs. Un statut de l’artiste indépendant amateur pourrait par exemple permettre aux artistes de jouer en toute légalité.

Le public a également son rôle à jouer en soutenant les organisations qui se démènent pour nous.

L’émergence de l’ « EDM » a permis de démocratiser la musique électronique à l’échelle mondiale. Il est désormais primordial de s’adapter à des publics de plus en plus nombreux et de plus en plus exigeants.

Qu’en pensent les organisateurs ?

Afin d’avoir une vision concrète des difficultés rencontrées par les organisateurs et des solutions possibles, Passion BPM  a rencontré 2 organisateurs d’événements :

Frédéric Becker : directeur général de GOH Events.

GOH Events organise des soirées hardcore, frenchcore, hardstyle, raw, psytrance, trance, etc majoritairement dans la région lyonnaise.

GOH Events organise des soirées hardcore, frenchcore, hardstyle, raw, psytrance, trance, etc majoritairement dans la région lyonnaise.

Arty : vice-président de Trip & Teuf / Festimove.

Festimove propose des voyages en bus à destination des plus grands festivals européens voire mondiaux, axés en majorité sur la musique électronique. Avec Trip & Teuf, il organise des évènements et des soirées majoritairement Hardcore / Frenchcore / Raw / Hardstyle / Trance / Subground dans toute la France.

Festimove propose des voyages en bus à destination des plus grands festivals européens voire mondiaux, axés en majorité sur la musique électronique. Sous Trip & Teuf, ils organisent des évènements et des soirées majoritairement Hardcore / Frenchcore / Raw et Hardstyle  dans toute la France.

Voici un résumé de notre échange :

33% des organisateurs disent être victimes de discrimination musicale de la part des autorités. Etes-vous de cet avis ?

– Frédéric : Cela dépend essentiellement du courant musical développé.

Lorsque nous planifions des événements Hardcore ou Hardstyle que ce soit en club ou en parc expo, nous n’avons jamais de problèmes avec les autorités que ce soit dans le sud, dans le nord, dans l’est ou encore dans l’ouest.

Néanmoins, dès que nous nous approchons de la Hardtek, ou courants similaires, là, systématiquement les problèmes arrivent. Cela peut s’expliquer de par le phénomène des Free party souvent à la limite de la légalité. Malheureusement beaucoup n’arrivent pas à comprendre et à concevoir, que le mot « Libre » ne veut pas dire, « tout se permettre ».

Arty : Effectivement, et nous en avons déjà subi les conséquences. La plus catastrophique (et qui nous handicape encore aujourd’hui) concerne la HardKoncept 2012, annulée 5 jours seulement avant la date de l’évènement par un arrêté préfectoral dont on peut facilement remettre en cause les justifications. Et ce malgré toute l’énergie fournie dans diverses rencontres avec les autorités locales et judiciaires en amont de la décision et le soutien de certaines parties qui avaient bien compris que cela signifierait pour nous une perte de plusieurs dizaines de milliers d’euros d’investissement.

La Hardkoncept aurait certainement été le plus grand event Hard Dance français.

La Hardkoncept aurait certainement été le plus grand event Hard Dance français.

Mais les autorités ne sont pas seules à mettre en cause, car certains propriétaires d’établissements sont aussi réfractaires à quelques styles. Quelques lieux nous ont été refusés pour la simple raison que « notre musique » n’y avait pas sa place, notamment sur Paris.

Nous avons cependant la chance que Trip & Teuf ait acquis au cours des années une bonne réputation par son professionnalisme et le fait qu’il n’y ait jamais eu de souci majeur lors de nos évènements, mais ceci n’aide pas toujours face à des personnes qui ne prendront de toute façon pas la peine de réviser leur position malgré nos arguments concrets.

Toutefois, la situation n’est pas non plus catastrophique (en témoigne le pourcentage), il faudrait juste une évolution des mentalités de la part des autorités et de certains gérants d’établissements, principalement au sujet des musiques électroniques « Hard », adjectif à connotation injustement péjorative. Mais voyons les choses du bon côté, la musique électronique dans sa globalité prend peu à peu la place qui lui revient dans le paysage culturel français depuis quelques années. On progresse !

Est-ce que le fait que beaucoup d’évènements soient organisés par des amateurs ou des associations peut expliquer les problèmes d’organisation ?

Frédéric : Oui sans aucune hésitation ! Organiser un événement, ne se limite pas à booker 2 Djs, 2 vols, 2 repas et 2 chambres. Les ¾ des associations ne paient pas la SACEM, n’ont pas de numéro de TVA intracommunautaire, ou encore de Siret. Ce sont des structures fantômes qui en cas de soucis, sont quasi intouchables. La donne est en train de changer car de plus en plus d’agence de booking, obligent maintenant ces structures à se soumettre à des conditions particulières, néanmoins, d’autres ferment les yeux, sachant que dans tous les cas, elles sont prépayées en amont.

Arty : Je n’en suis pas convaincu. Mais comme décrit ci-dessus, même les organisations disposant d’expérience et d’une bonne réputation ont des problèmes à ce niveau. A mon avis, cet « amateurisme » n’est pas une raison suffisante pour interdire des manifestations modestes. Avec un peu de travail et un dossier bien construit, bien préparé, les petites organisations peuvent prouver qu’elles connaissent suffisamment bien leur milieu et qu’elles sont suffisamment sérieuses pour parvenir à réaliser un évènement et les autorités devraient selon moi être moins réticentes et soutenir ce genre d’initiatives qui montrent que la jeunesse actuelle a du potentiel et de la volonté.

Sans oublier que même si c’est une culture à laquelle elles n’adhèrent pas, il s’agit tout de même d’une culture bien vivante et en constante évolution.

En définitive, on constate des annulations et des refus catégoriques aussi bien à petite qu’à grande échelle, il s’agit donc vraisemblablement d’un conflit qu’on pourrait qualifier de « générationnel », le public de la musique électronique étant relativement jeune comparé à ces « autorités ».

On déplore souvent l’attitude du public français. Pensez-vous qu’elle puisse expliquer les difficultés des organisateurs ?

Frédéric : Une nouvelle fois, cela dépend du courant musical ciblé. Beaucoup de parc expo, à ce jour, comme Eurexpo à Lyon par exemple, sont de plus en plus réticents à louer ou privatiser les espaces pour des soirées de ce genre. La raison est relativement simple et sans appel : l’état des lieux après chaque événement est déplorable ! Toilettes cassées, murs dégradés et j’en passe. Les frais de réfection sont exorbitants et cela fait perdre un temps énorme aux parcs expo qui souvent, après ce type d’évènements enchainent sur des salons.

Arty : Malheureusement je dois répondre par la positive, mais je préciserai qu’en ce qui concerne nos styles propres, nous avons la chance d’avoir un public habitué des events, ayant une très bonne mentalité, festive. Mais ce n’est pas toujours le cas partout et il n’est malheureusement pas rare d’assister à des débordements mineurs (bagarres notamment) que nous rencontrons, par chance, très peu lors de nos évènements.

Ce qui est dommage dans ce genre de cas, c’est qu’une toute petite minorité nuit au mouvement tout entier, car les autorités ne font pas le détail et tombent très vite dans l’amalgame.

On peut aussi blâmer les médias à ce sujet, qui souvent ne véhiculent que l’aspect négatif sans prendre le temps d’approfondir réellement les choses et délivrer une image représentative de la réalité du milieu. Au même titre qu’on peut aussi blâmer l’audience qui en général, oppose trop rarement un regard critique face à l’information biaisée qu’on lui fournit.

En somme, je dirai que nous sommes tous responsables à différents niveaux. Il y a un véritable travail de fond à faire entre chaque entité citée, un travail de communication, d’écoute et de compréhension dans les deux sens, entre les parties public/organisateur et autorités/médias.

L’importance des free parties et de l’ « esprit teuf « sont-ils un frein à l’organisation d’évènements ?

Frédéric : En ce qui me concerne, pour moi, les free parties, doivent rester dans les bois ainsi que dans les champs. Ce n’est pas un manque de respect de notifier ce point, sachant que nous avons, nous aussi, essayé de sociabiliser et mélanger plusieurs courants musicaux notamment lors de l’Edition 1 du Kataklysm Festival. Étonnamment, festival annulé 48 heures avant par la préfecture … à la seconde édition, au même endroit, nous prenons l’initiative d’enlever la scène Hardtek et là, aucun souci, toutes les demandes ont été validées. Je pense que les préfectures n’arrivent pas encore à différencier le milieu Hardtek avec le milieu Hardcore qui pour moi est totalement diffèrent. Pour en revenir au début de cette question, il faut aussi concevoir, que pour une partie de la clientèle « free » il est inconcevable de se retrouver enfermé dans un club ou dans un parc expo. La liberté et la gratuité étant le seul mot d’ordre.

Après de nombreux bouleversements de dernière minute, le festival a finalement eu lieu. Mais ces problèmes ont mis en évidence la scission entre la scène Hardstyle-Hardcore et Hardtek et la méconnaissance des autorités.

Après de nombreux bouleversements de dernière minute, le festival a finalement eu lieu. Mais ces problèmes ont mis en évidence la scission entre la scène Hardstyle-Hardcore et Hardtek et la méconnaissance des autorités.

Arty : C’était sans doute le cas avant, lorsque la médiatisation de nombreuses free parties illégales était assimilée à notre propre mouvement (que je considère personnellement comme différent bien que proche) et très souvent mis en scène sous un mauvais angle. Mais on entend de moins en moins parler de frees sauvages dans les médias locaux et malgré que les frontières entre les différentes cultures de la musique électronique tendent à s’affaisser et voir les différents publics se rapprocher, les autorités semblent quant à elles, avoir compris avec quelques années de retard que chaque public est/était assez propre à chaque mouvement.

A l’heure actuelle je pense donc que ce n’est plus un frein comme ça a pu l’être occasionnellement il y a quelques années.

L’émergence de l’EDM facilite-t-elle l’organisation d’évènements ?

L’émergence de l’Electronic Dance Music (EDM), symbolisée par l’explosion du festival Tomorrowland, a permis de légitimer les musiques électroniques au niveau mondial.

 

Frédéric : Il faut déjà savoir ce que l’on nomme EDM car nous n’avons pas tous la même définition du mot et nous n’incluons pas tous les mêmes styles dedans. Me concernant, je dirai que cette variété de « sous-genres » musicaux se rapportant à la musique électronique, n’est pas un frein à l’organisation d’événements, car chaque style a ses propres codes.

Arty : Tout d’abord, il faut bien différencier les deux types d’évènements qui peuvent exister dans notre milieu : les évènements à gros budget type Inox Park Festival, Electro Beach Festival, etc. (que je félicite au passage pour leur audace et leur réussite); Et les évènements de tailles plus modestes comme ceux que nous organisons régulièrement (ainsi que d’autres organisations), à plus petite échelle.

Il ne fait aucun doute que les moyens financiers mis en jeu lors de l’organisation d’un évènement influent énormément sur la crédibilité des organisateurs auprès des autorités, là où l’expérience et la réputation acquise au fil des années ne compte pas autant qu’elles mériteraient.

De notre point de vue, même si l’émergence de l’EDM est une bonne chose globalement pour la musique électronique en générale, elle n’a malheureusement qu’un très faible impact à notre niveau ; Mais celui-ci est positif, c’est toujours ça.

Finalement, pourquoi la France est en retard par rapport à ses voisins européens dans l’organisation d’évènements de musique électronique ?

Frédéric : C’est une fausse idée en ce qui concerne le Hardcore ou encore le Hardstyle. Rien que notre structure organise pas loin de 60 événements par an en France hors festival ce qui fait de nous, depuis 2006, le premier promoteur européen en Hardmusic.

En région Rhône-Alpes, il y a quasiment une soirée par semaine touchant ce style. La Suisse, l’Espagne, l’Allemagne, la Belgique, sont loin derrière nous. En ce qui concerne les autres courants musicaux, je ne peux vous répondre sachant que je ne les maitrise pas. Apres, il faut juste savoir ce que l’on englobe dans le terme : organisation d’événements.

Arty : Ou comment finir en beauté… Il y a un tas de raisons et je vais essayer d’être le plus exhaustif possible.

Tout d’abord, la musique électronique n’a jamais fait partie de la culture populaire française contrairement à d’autres pays européens, notamment les Pays-Bas, où elle est bien mieux ancrée dans le paysage culturel. Malgré une scène française de qualité et des artistes majeurs qui ont profité à la crédibilité de la France dans ce milieu, le public français (dans sa globalité) n’a jamais réellement soutenu les musiques électroniques, notre culture populaire étant plutôt focalisée sur la variété. On constate néanmoins une nette évolution depuis quelques années, grâce à la médiatisation explosive de la Tomorrowland notamment et l’intérêt du public vers les musiques qui sont liées à ce type d’évènements.

Comme vu plus haut, les autorités ont aussi une part importante de responsabilité. Outre les annulations parfois arbitraires, les lois françaises étant bien plus strictes sur la sécurité (des installations, du public) et l’alcool que dans d’autres pays, elles limitent fortement les opportunités de créer des évènements pour des raisons pratiques et financières.

Anecdote intéressante à ce sujet : Q-Dance avait refusé à une époque de tenter un évènement au stade de France, faute de pouvoir y servir de l’alcool.

Nous disposons aussi d’un public moins nombreux que nos voisins Européens (même si on constate une belle progression principalement pour les genres « commerciaux »). Ceci a des conséquences financières directes : on n’a évidemment pas les mêmes moyens entre une soirée de 500 personnes ou une de 2000.

Organiser une soirée en France à notre niveau (associatif, sans budget de dizaines de milliers d’euros) est un vrai parcours du combattant. Nous sommes en permanence obligés de surveiller nos budgets, afin de pouvoir proposer au public un évènement de qualité, dans un lieu convenable, avec des guests intéressants, le tout en évitant de prendre de trop gros risques car beaucoup de choses peuvent survenir et mettre en danger la réussite d’une soirée. Comme notre mouvement peine à se démocratiser en France, beaucoup d’acteurs du milieu se retrouvent dans cette situation.

Une des autres raisons qui mérite d’être mentionnée est malheureusement due à certains de ces acteurs eux-mêmes, peu scrupuleux et n’hésitant pas à mettre des bâtons dans les roues de leurs « concurrents ». (Je n’aime pas ce terme, pour moi la concurrence dans un tel mouvement, qui devrait unir ses forces, est une pure bêtise).

De notre côté, nous avons toujours choisi d’agir en bonne intelligence et nous essayons de communiquer au maximum avec les différents acteurs du milieu et d’établir une entente cordiale, si ce n’est amicale.

Mais il est déjà arrivé, par exemple, qu’un malentendu engendre une diffamation publique à notre encontre et bien entendu, une fois la lumière faite sur les faits, aucune excuse publique n’est venue de la partie adverse ayant pourtant admis son erreur et sa responsabilité totale lors d’une entrevue privée. Ou encore, qu’une organisation tierce fasse exprès d’organiser des évènements similaires aux nôtres, voire à la même date dans une région géographique proche, afin de préserver semble-t-il, un monopole.

Ces coups bas sont un poison pour notre culture qui se gangrène elle-même, c’est déplorable, mais les motivations des acteurs du milieu sont visiblement diverses.

Enfin et paradoxalement, la démocratisation de cette musique qui a pris beaucoup d’avance chez nos voisins et même outre-Atlantique, a pour conséquence de faire augmenter le cachet des guests (tant mieux pour eux) mais réduit chez nous le champ des possibles (tant pis pour la France), n’ayant pas un public aussi large qu’ailleurs et par voie de conséquence, des possibilités financières moindres pour rentabiliser un gros cachet d’artiste.

Toutefois, il faut rester positif et optimiste malgré les difficultés et les échecs, car même si les annulations frappent à tous niveaux, on constate tout de même l’émergence de nombreux festivals dédiés à la musique électronique, preuve qu’il ne faut pas baisser les bras et continuer de se battre pour notre musique. Et surtout, garder en tête que chaque réussite est une pierre en plus à l’édifice, ce dont nous pouvons être fiers.

Merci d’avoir lu et j’en profite pour remercier toutes les personnes qui nous suivent, nous soutiennent et nous aident à propager notre mouvement.

Restons sur une note positive 🙂

La line up de l'Electrobeach Music Festival 2015 n'a rien à envier aux autres festivals du genre en Europe.

La line up de l’Electrobeach Music Festival 2015 n’a rien à envier aux autres festivals du genre en Europe.

Ainsi, la scène électronique en France est encore loin de ce qui se fait chez nos voisins européens et notamment aux Pays-Bas. Il y a néanmoins de plus en plus d’évènements et de moins en moins de free parties, ce qui est encourageant. Malgré certaines résistances, il y a eu une prise de conscience de la part des organisateurs et notamment des amateurs qui manifestent pour la plupart une volonté de se professionnaliser ou du moins qu’ils y réfléchissent.

La France a prouvé qu’elle était capable d’organiser de superbes events comme l’Electrobeach Music Festival qui commence à s’imposer comme un event electro européen majeur. On peut également noter des events comme Hardzone Music Festival, Reperkusound ou l’Inox Festival qui attirent des artistes reconnus et qui sont dans l’ensemble bien organisés.

Enfin, merci à Frédérick Becker et Arty pour leur participation et à vous pour avoir lu cet article.

Plus d’infos sur GOH Events :

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Plus d’infos sur Trip & Teuf :

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4 réflexions sur “La France a-t-elle un problème avec la musique électronique ?

  1. Visiblement .
    La France n’a aucun problème avec le rap des banlieues prône bien souvent la violence et la délinquance .
    La France n’a aucun problème avec la musique soleil qui nuit gravement à la santé auditive .
    La France n’a aucun problème avec les pseudo chanteurs tout droit sortis de la télé réalité …

    J'aime

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